La location de parkings chez les particuliers

parking aeroport

Avec l’augmentation constante du trafic aérien, notamment autour d’aéroports comme Paris-Beauvais (qui a accueilli 5,6 millions de passagers en 2023, un record), les parkings officiels atteignent leurs limites, surtout en période de pointe. Cette saturation, combinée à des tarifs souvent considérables (par exemple, 70 € à 150 € la semaine près de l’aéroport de Nantes), a donné naissance à une tendance en pleine croissance : la location de places de parking chez les particuliers.

L’émergence des plateformes collaboratives Ce phénomène, souvent qualifié d’« Airbnb du parking », est facilité par des sites et applications comme Casapark, qui existe depuis un peu plus d’un an, ou Parkmoov. Ces plateformes mettent en relation des automobilistes cherchant un stationnement et des habitants qui disposent d’emplacements disponibles près des aéroports, des gares, des plages ou d’autres lieux à forte affluence.

Selon Geoffroy de Villepin, fondateur de Casapark, l’objectif est de « démocratiser et de légaliser la location de parkings par des particuliers ». Ces sites offrent un système de paiement sécurisé en ligne et un système de notation (« rating ») pour évaluer les hôtes et les voyageurs, instaurant ainsi confiance et sérénité.

Des avantages multiples pour les voyageurs et les hôtes

Pour les voyageurs, les bénéfices sont clairs :

  • Des prix imbattables : Les tarifs proposés par les particuliers sont significativement plus bas que ceux des parkings officiels, souvent deux à trois fois moins chers. Par exemple, autour de Nantes, les prix varient généralement de 5 € à 10 € la journée, 30 € la semaine, ou 50 € les deux semaines. À Brest, le tarif de base est de 20 € la semaine, comparé à 28,50 € (P3 économique) à 92,40 € (P1 couvert) pour les parkings officiels.
  • Services inclus : De nombreux loueurs proposent de transporter gratuitement les voyageurs jusqu’à l’aéroport et de venir les récupérer à leur retour, un service sur mesure très apprécié. Certains offrent même des suppléments pour les trajets matinaux ou nocturnes, ou la possibilité de charger des sièges bébés.
  • Confort et aspect humain : Outre le prix, le contact humain et le service personnalisé sont des atouts, comme en témoigne Aurélie, une utilisatrice près de Fromentine, qui apprécie de ne pas être « juste un numéro ».

Pour les particuliers qui louent leurs places, c’est une excellente occasion d’arrondir leurs fins de mois. Augustin, près de Beauvais-Tillé, a pu gagner 150 euros de réservations dès le soir de son inscription sur Parkmoov, et ses colocataires et lui ont partagé 800 euros en août et 900 euros en septembre. Liliane et son compagnon, qui louent une quinzaine d’emplacements, ont également trouvé cette activité très rentable. Le site ne prend pas de commission sur les voyageurs et les hôtes, mais ces derniers ne peuvent inscrire qu’un parking gratuitement.

De plus, ces plateformes visent à assurer la légalité de l’activité, en veillant à ce que tout soit déclaré aux impôts et qu’une charte soit respectée. Il y a aussi un « aspect écologique » puisque moins de nouveaux parkings sont construits, les emplacements existants étant utilisés.

Une tendance qui s’étend, mais non sans défis

La pratique s’est développée autour de nombreux aéroports en France, notamment à Beauvais-Tillé, Nantes, Brest, Limoges, Lyon et Genève, et Rennes. Autour de Beauvais, des communes avoisinantes comme Troissereux, Beauvais, Guignecourt ou Therdonne, mais aussi des localités plus éloignées comme Blicourt (à 15 km) ou Tartigny (à 28 km), proposent ce service, souvent avec transfert inclus.

Cependant, cette expansion n’est pas sans controverse, en particulier lorsqu’elle échappe au cadre légal. À Saint-Aignan-Grandlieu, près de l’aéroport de Nantes, des habitants dénoncent le développement de « parkings clandestins ». Pierre-Yves, un résident, décrit une « situation dramatique » avec des voitures garées sur les bas-côtés ou dans les jardins de propriétaires qui facturent le service sans être déclarés. Le maire de Saint-Aignan-Grandlieu, Jean-Claude Lemasson, confirme que le « problème s’est aggravé ces dernières années ». Il critique les propriétaires qui « font fi des règles d’urbanisme et environnementales », aménageant des parkings sur leurs pelouses ou avec du gravier, ce qui peut entraîner une pollution des sols et des eaux. Certains de ces parkings peuvent accueillir des dizaines, voire des centaines de voitures (100 ou 220 places sur des terres agricoles ont été recensées).

Les aéroports réagissent

La maire de la commune voisine de Bouguenais, Sandra Impériale, dénonce également une « anarchie », avec des riverains exaspérés et des cas d’augmentation de dénonciations. Des poursuites judiciaires peuvent être engagées contre les contrevenants, surtout ceux qui louent des places dans des zones naturelles. Certains particuliers, comme Brice et Paul à Saint-Aignan-Grandlieu, admettent ne pas avoir demandé d’autorisation à la mairie pour leur activité.

Face à cela, le nouveau délégataire de l’aéroport de Beauvais-Tillé prévoit la construction d’un parking officiel de 2500 places. Le directeur commercial de l’aéroport de Beauvais, Edo Friart, affirme ne pas faire la chasse à ces parkings concurrents, laissant cette tâche aux autorités.

Pour les hôtes comme pour les voyageurs, il est recommandé de signaler ce mode de stationnement à sa compagnie d’assurance afin d’être couvert en cas de problème.